Avant de parler de la course, il faut remonter à début 2018. 

L'envie de courir mon premier marathon se fait de plus en plus présente dans ma tête. Pourquoi je sais pas, le bitûme pourtant ne m'attire pas plus que ça, j'ai pris goût au trail et à tout ce que cette discipline apporte, la beauté des paysages, le dépassement de soi, le partage et l'entraide entre les coureurs. Mais voilà un marathon c'est une course et une distance mythique, ça reste une référence aux yeux de tous et à mes yeux surtout. Se tester sur 42km195, l'envie de jauger mon mental, de savoir ce que je suis capable de faire, d'affronter le fameux mur du 30ème km dont beaucoup parle avec crainte, voilà les réponses à cette question tout simplement.

Je me décide donc à trouver un marathon à courir pour 2018, sauf que niveau planning ça coince un peu. Allez où et quand ? Mon planning trail étant déjà planifié avec Roc la Tour en Juin et la Saintelyon en Décembre, je cherche pour Septembre-Octobre mais en vain, aucune course ne me donne trop envie. Paris reste dans un coin de ma tête, lieu facile par la proximité du domicile mais difficile car pas réputé des plus roulants (avec ses faux-plats montants et les relances des quais de Seine). Bizarrement la bébé traileuse que je suis (qui apprécie pourtant le dénivelé) redoute ses difficultés puisqu'il est souvent compliqué de garder l'allure sans risquer de se cramer. Au final aucune course ne colle sur la période que je veux, alors les jours suivants le marathon de Paris 2018, je m'inscris pour l'édition 2019, cela me semble tellement loin (1 an à l'avance) mais l'objectif est acté dans ma tête.

Les mois suivants, je pense de temps en temps au marathon en ne me mettant pas de pression niveau chrono même si au fond j'espère un sub 4h. Je discute avec des amis marathoniens et beaucoup de récit me font peur, je me dis que 4h va déjà être un chrono compliqué à aller chercher. J'ai pas forcément envie de suivre un plan d'entraînement que je trouve trop contraignant et lourd puis je veux continuer le trail. En même temps ma dernière prépa date de 2011 pour courir un 10km en 55min, j'en garde pas un bon souvenir et recommencer ne m'emballe pas plus que ça. Je fini presque par regretter cette inscription puisque quelques courses trails me tentent bien dans les mêmes périodes. Un copain de Facebook (Farid Chérifia) qui a vu que je m'étais inscrite vient me féliciter et se propose de m'aider si je le souhaite. En faisant ensemble le point sur mon ressenti, il m'explique qu'une prépa me permettra de prendre le départ dans des conditions optimales et de ne pas subir la course, il me propose d'en rediscuter en fin d'année. Ce mec est une machine, le marathon c'est sa course de prédilection, enfin en même temps à mon niveau je trouve qu'il maîtrise toute les distances. Ma discussion avec lui mûrit dans ma tête au fil des semaines et j'en fini par prendre une décision importante. Quitte à faire un marathon, mon premier marathon, autant essayer de le faire correctement et de mettre toute les chances de mon coté pour que cet événement soit une réussite personnelle.

Comme prévu fin Décembre 2018 je reprends contact avec lui. Il me pose des questions sur mon organisation sportive et personnelle, sur mon objectif chrono que je défini avec lui sur 3h45 (en se basant sur mon semi de Paris 2018 en 1h45min30). En Janvier 2019, il m'envoit un plan d'entraînement à suivre sur 12 semaines et qui démarre la semaine du 20 Janvier. Il m'explique les sorties importantes à ne pas louper chaque semaine (une séance de fractionné, une de travail d'allure et une sortie longue avec travail d'allure). Je pars donc sur 3 sorties par semaine alors que le plan prévoyait des sorties 6 j/7, je dois respecter un repos de 48h entre chaque sortie spécifique, je peux courir plus mais seulement footing souple. Si pour une quelconque raison une sortie ne peut pas être réalisée, je retire la séance de fractionné, qui est la moins importante mais à ne pas négliger trop souvent non plus. En complément je dois faire 45 min de vélo d'appartement, sur mes jours sans running (ce qui sera finalement pas trop respecté). 

J'avais hâte de débuter la prépa puis finalement les seules fois où je n'ai pas pu faire la séance de fractionné à cause de mes horaires de travail, la culpabitlité fut tellement forte que je me suis dis que c'était juste une question de volonté et de motivation pour respecter le plan à la lettre. Donc les semaines suivantes si je travaillais, le réveil sonnait vers 4h du matin pour aller fractionner coûte que coûte. Je continue de courir sur mes sentiers et rarement sur bitûme pour plusieurs raisons, j'aime pas trop le bitûme et je me dis que de travailler sur sentier rend l'exercice un peu plus difficile et qui dit entrainement difficile dit course facile. En cours de prépa je gagne un dossard pour courir le Semi de Paris, au début j'étais pas plus ravie que cela, mais au final je le prends comme un test en vue du marathon. Ce qui sera en effet bénéfique car je réalise un chrono inespéré en 1h40min52sec, du coup je revois mes ambitions à la hausse ce que confirme Farid après discussion. Je repars à l'entraînement pour viser 3h38, cela me paraît irréalisable, je modifie le travail d'allure sur mon plan et je garde secret ce nouvel objectif et j'en parle très peu. Je me rassure en me disant que si je réalise un chrono entre 3h38 et 3h45 je ne pourrais être que satisfaite de moi.

La prépa se termine, les doutes s'installent de plus en plus. La semaine avant la course j'en fais des insomnies nocturnes, le stress monte, et plus je me dis que je dois dormir pour arriver en forme le jour J pire c'est. La nuit juste avant la course la pire des nuits, je m'endors à 2h30 du matin alors que le réveil doit sonner à 5h. Va vraiment falloir que je travaille cela à l'avenir car c'est usant et ingérable surtout si je dois prendre le départ d'un ultra. Si vous passez par là et avez une solution à m'apporter je suis preneuse.

Ca y est c'est le jour J, je me sens pas plus fatiguée que cela malgré la courte nuit, même le stress commence à s'envoler. J'ai juste envie d'y être et de tenter de faire ce que je me suis préparée à faire. Je ne peux plus reculer, cette course attendue depuis 1 an va se dérouler incessamment sous peu.

 

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racepack marathon de paris

Je vérifie une nouvelle fois mon sac, j'installe à mon poignet mes deux bracelets d'allure imprimés au retrait des dossards sur le stand Oasics. Un pour 3h38 et l'autre pour 3h45, comme ça je sais si je respecte mes temps de passage tout les 5km. Direction Paris par le train, 1h15 de trajet. Dans le métro 1 je prends une mauvaise décision, j'avais prévu de sortir à Charles de Gaulle Etoile mais je vois tout les coureurs sortir à Franklin D roosevelt. Bétêment je sors aussi, campagnarde que je suis ils ont certainement raison. Ben non, je me retrouve à remonter à pied la longue Avenue des Champs Elysées, je peste intérieurement, pourquoi je ne m'écoute pas et je suis comme un mouton les autres. Bref y a un avantage, je vois la ligne de départ avec au loin l'Arc de triomphe et l'émotion monte, on y est !! Le soleil est là, les températures sont fraîches, les conditions sont au top pour une belle course. 

 

 

Arc de Triomphe

L'heure qui suit je me dépêche de rejoindre rapidement les consignes pour terminer de me préparer, faire 2 pipis (oui oui je suis une stressée du pipi !!), et rejoindre mon SAS. Je pense être à l'heure mais c'était sans compter un énorme bouchon qui empêche l'accès à mon SAS 3h45, je ne sais pour quelle raison. Finalement des barrières sont rétirées à côté de l'accès pour permettre une entrée en masse dont j'en fais partie. Je me faufile pour avancer un peu et je vois le meneur d'allure 4h, je ne comprends pas pourquoi car je pense être dans mon SAS, du coup je continue ma progression vers l'avant pour laisser ce meneur d'allure derrière moi. Je finis par tomber sur des barrières et mon SAS 3h45 juste devant qui lance le départ, c'est la cata. Du coup je passe par dessus les barrières et je commence à courir pour prendre mon départ aussi. Tout cela est un peu précipité mais au moins j'ai pas eu le temps de réfléchir. 

Comme conseillé par Farid la veille, je pars tranquille sur le premier semi et je verrais comment je me sens pour accelérer peut être sur le 2ème. Je n'arrête pas de regarder ma montre, forcément je vais plus vite que ce qui est prévu, je me sens bien, je suis contente d'être là, je cours dans Paris, la ville m'appartient le temps d'une matinée. Je profite de la foule venue en nombre, des monuments mais je peste contre ma montre car je vais toujours trop vite. Je joue au yoyo avec la vitesse pendant les 15 premiers km, les objectifs de base : se maîtriser, éviter de s'emballer et profiter du moment présent.

Niveau ravito j'ai prévu de prendre un max de gel dont je n'apprécie pas forcément le goût mais qui ont l'avantage de s'avaler très rapidement et de ne pas user trop d'énergie à mastiquer. J'ai tout de même pris 2 pâtes de fruit pour changer un peu. J'ai tout prévu et tout étiquetté pour chaque 5 km (6 gels et 2 pâtes de fruits au total). J'ai pris mon sac à dos trail pour être autonome en hydratation avec mon camelback de 1L500 et éviter de perdre du temps sur les ravito, j'optimise chaque seconde que je peux gagner. Sauf qu'au bout de 5 km l'envie de pipi revient, ca m'énerve et je me focalise dessus en plus de ma vitesse, je ne tiendrais pas la course sans un arrêt, je tente d'oublier mais impossible. Au Bois de Vincennes j'hésite, je veux pas m'arrêter et perdre inutilement du temps si précieux, puis finalement au 13ème km je décide de m'arrêter.

Après cet arrêt salvateur je réfléchis au chrono, je suis partie sur les bases d'un 3h45 et je ne suis pas complétement satisfaite, je voulais tenter mieux. Je me dis que si je craque à un moment donné je n'aurais pas de temps d'avance. J'accélére un peu pour ratttraper le retard puis on est presque au semi donc bientôt je suis censée lâcher les chevaux, cela me stresse un peu car je ne sais pas si je tiendrais jusqu'au bout. Je fais un coucou à une copine (de la team des Psychos pattes) qui est bénévole au ravito du 22e km, ca m'a bien du bien de la voir même si on s'est juste tapé sur la main, ce moment m'a rempli de joie et d'énergie. Je rejoins ensuite les quais de Seine et ce que je redoutais un peu, les tunnels et surtout leurs remontées casses pattes. Je ralentis légèrement sur chaque remontée pour pas trop user d'énergie, au final 4 tunnels au compteur. Les 2 ravitos suivant je prendrais une bouteille d'eau pour économiser mon camelbak et me rafraichir le visage et la nuque, le soleil est bien présent. Le 30ème km approche et le fameux mur que tout le monde appréhende, je me sens un peu fatiguée mais je lache pas. Je suis déterminée, rien ne peux m'arrêter et je me le répète sans cesse, c'est moi qui décide de ma course. Il y a énormément de coureurs, je zigzague pas mal, je me retrouve même deux fois à l'arrêt derrière des coureurs un peu plus lent ou alors quand un spectateur traverse sous mon nez. Je ne m'énerve pas, je le prends comme source d'énergie, si je double c'est que je suis en forme donc tout va bien. 

marathon de paris

Les km défilent, le Bois de Boulogne se profile mais juste avant il y a une petite côte qui fait mal à beaucoup de monde et à moi aussi mais c'est plus le moment de craquer, plus maintenant si proche du but. Dans le bois, je fais attention à où je mets les pieds, il y a pas mal de passages avec des pavés, c'est pas non plus le moment de se faire une cheville. 38ème km, reste un peu plus de 4km à parcourir, dans une vingtaine de minutes c'est fini. 39ème km, j'y suis presque. 40 ème km mon objectif est à ma portée, j'en reviens pas. 41ème km, dernier km dans les Bois avant de rejoindre Paris et la foule venue encourager les futurs marathoniens. 42 ème km et les 195 mètres restant qui annoncent la fin de ma course. Je passe l'arche, stoppe ma montre et je vois un chrono que je ne pensais pas réalisable mais punaise si je l'ai fait. Je suis marathonienne en 3h37min27sec (allure 5min09/km, vitesse 11,6km/h), je suis tellement fière, émue une fraction de seconde avant de laisser place à la rage d'avoir vaincu ce qui me faisait peur depuis toutes ses semaines où je me suis posée tellement de questions et doutée si souvent de moi.

marathon de paris

J'appelle quelques personnes qui me félicitent et j'appelle Farid pour lui donner rdv, il est venu soutenir quelques amis coureurs. Je le rencontre pour la première fois depuis le temps qu'on se suit sur les réseaux sociaux. Il me félicite et me dit que j'ai fais un chrono de malade, à aucun moment il n'a douté de moi. Ca fait tellement plaisir à entendre même si au fond je me dis que c'est pas de moi qu'il parle, il est fou !! 

marathon de paris

Quoi dire après ce pavé !! Rien promis je dis plus rien. A part que je remercie toutes les personnes qui m'ont soutenu et toujours cru en moi depuis le début, merci d'être là. Merci Farid pour ton aide avec ta prépa, je réalise avoir bien progressé grâce à cela, tu me réconcilie avec les plans d'entraînement.

Si un dernier mot encore, place au trail et à mon prochain objectif dans 8 semaines, j'ai pas fini de stresser !!!!